Cette arnaque a 15 ans. Elle existe encore en 2026, sous un autre nom.

Un appel manqué. Un gars poli qui rappelle juste pour savoir c’est qui. Pis une facture de plus de 500 $ deux semaines plus tard. Voici une vieille arnaque que je pensais disparue — sauf qu’elle est juste revenue avec un nouveau déguisement.


L’histoire

Daniel, c’est un ami proche. Ça fait des années que je le connais.

L’histoire que je te raconte là, elle a au moins 15 ans. (Peut-être 16, je te mentirais si je te disais la date exacte.) Dans ce temps-là, tout le monde avait encore une ligne fixe à maison. Le cellulaire intelligent, ça commençait à peine. Pis c’est ça qui rend l’histoire intéressante : l’arnaque marchait sur le téléphone de la cuisine.

Un soir, Daniel reçoit un appel. Il a pas le temps de répondre — ça sonne deux fois pis ça raccroche. Tu connais le réflexe. Tu regardes l’afficheur, tu vois un numéro que tu reconnais pas, pis tu te dis « c’est qui ça? ».

Fait que Daniel rappelle. Juste pour savoir.


Le rappel

Quelqu’un répond. Une voix polie. On lui dit d’attendre un instant.

Pis là, il attend. Une couple de minutes. La personne revient :

« Désolé pour l’attente, monsieur. On est à vous dans une minute. »

Daniel attend encore. La personne revient encore. Toujours polie, toujours désolée. C’est exactement ça, le piège : te garder en ligne le plus longtemps possible, une minute à la fois.

Au bout d’un boutte, on lui sort :

« On a un problème informatique de notre côté. Rappelez-nous demain, on va régler ça. »

Daniel raccroche. Pas de chicane, pas de doute. Un problème informatique, ça arrive à tout le monde. Il rappelle le lendemain.

Pis devine quoi. Même affaire. On le fait poireauter, on s’excuse, on revient aux cinq minutes… pis on lui redit de rappeler.

Daniel, c’est un bon gars. Poli. Le genre qui veut pas déranger personne. C’est exactement le genre de monde que ces gens-là cherchent.


La facture

Deux semaines plus tard, à peu près, la facture de Bell arrive.

Plus de 500 piasses.

Daniel comprend rien. Il appelle sa compagnie. On lui explique : il a composé une ligne surtaxée. Une ligne de voyance, d’astrologie, ce genre d’affaire là — facturée à la minute. 6,99 $ la minute.

Deux appels. Un de 45 minutes. Un de 30. Fais le calcul : t’es déjà rendu à plus de 500 $ juste avec ça.

Le pire? Daniel a jamais parlé à une voyante. Il a jamais demandé de service. Il a juste… attendu en ligne. Pendant que le compteur tournait.


C’est là qu’il m’a appelé

Daniel m’a raconté ça quand il a reçu la facture. Pas avant — il savait même pas que c’était une arnaque sur le coup.

Je me souviens de lui avoir dit, pas mal direct : « Appelle Bell, pis dis-leur clairement que tu vas changer de compagnie s’ils reconnaissent pas que c’est une fraude. »

Parce que c’en est une, une fraude. Personne dans son bon sens passe 45 minutes en attente à 6,99 $ la minute de son plein gré.

Il a appelé. Pis au début, ç’a été non. « C’est vous qui avez composé le numéro, monsieur. On n’est pas responsables. » Le classique. Techniquement, oui, c’est lui qui a pesé sur les chiffres. Sauf qu’il savait pas pantoute où ça menait. C’est toute la game de l’arnaque.

Daniel a pas lâché. Plusieurs jours de débat. Pis à la fin, Bell a fini par lui donner un rabais sur ses services pour un an. C’était pas le 500 $ au complet, loin de là. Mais c’était au moins quelque chose.


Le moment où ça a dérapé

Décortiquons ça, parce que chaque étape a son rôle.

Étape 1 — L’appel manqué. Deux coups de sonnerie, pis ça raccroche. C’est pas un accident. C’est fait exprès pour que tu rappelles par curiosité. Pas de message, pas de nom. Juste un numéro sur l’afficheur.

Étape 2 — Le rappel. En rappelant, Daniel composait sans le savoir un numéro surtaxé. À partir de la seconde où ça décroche, le compteur tourne. À 6,99 $ la minute.

Étape 3 — La mise en attente. C’est le coeur de l’arnaque. On le garde en ligne le plus longtemps possible. Chaque « désolé pour l’attente », ça vaut de l’argent. Pour eux, pas pour lui.

Étape 4 — Le « rappelez demain ». Le faux problème informatique, c’est génial de leur bord. Ça double les appels. Deux appels surtaxés au lieu d’un. Deux fois le compteur qui tourne.

Étape 5 — La facture, deux semaines plus tard. Le délai non plus, c’est pas un hasard. Quand la facture arrive, t’as déjà oublié l’appel. T’as de la misère à faire le lien. Pis c’est ben plus dur de contester quelque chose que tu te rappelles plus.


🚩 Les drapeaux rouges qu’il aurait fallu voir

  • Un appel manqué d’un numéro inconnu, sans message. Si c’était important, on laisse un message. Pas de message = pas de rappel.
  • On te met en attente dès que tu rappelles. Une vraie compagnie te dit qui elle est avant de te faire patienter. Là, c’est le silence pis l’attente.
  • « On a un problème informatique, rappelez demain. » Ça, c’est le drapeau le plus rouge de tous. Personne te demande de rappeler un numéro une deuxième fois pour un « bug ».
  • Personne se nomme. Pas de nom de compagnie, pas de raison de l’appel. Juste une voix qui te fait attendre.
  • On te garde en ligne sans rien te vendre. Si y a pas de service demandé pis que t’es juste en attente, demande-toi qui paye pour ce temps-là. C’est toi.

✅ Ce qu’il fallait faire à la place

  • Ne jamais rappeler un numéro inconnu juste par curiosité. Si c’est important, la personne va te rejoindre autrement. Un vrai contact laisse un message.
  • Googler le numéro avant de rappeler. Tu copies le numéro, tu le cherches. La plupart des numéros surtaxés ou frauduleux sont déjà signalés en ligne par d’autres victimes.
  • Raccrocher dès qu’on te met en attente sans se nommer. T’as aucune obligation de rester. Le doute, c’est ton ami. Raccrocher, ça coûte rien.
  • Faire bloquer les numéros surtaxés par ta compagnie. Bell, Vidéotron, Telus — tu peux faire bloquer les appels sortants vers les numéros à tarif spécial. C’est gratuit pis ça t’évite toute cette histoire-là.
  • Vérifier ta facture chaque mois. Pas juste le total. Les détails. Un appel surtaxé, ça se cache dans les lignes que personne lit.

🆘 Si ça t’arrive : les 30 prochaines minutes

  1. Raccroche immédiatement si t’es encore en ligne. Chaque minute coûte de l’argent.
  2. Note le numéro, l’heure pis la durée de l’appel. Tu vas en avoir besoin pour contester.
  3. Appelle ta compagnie de téléphone tout de suite. Explique que t’as été induit en erreur vers un numéro surtaxé. Demande à contester les frais.
  4. Sois clair, pis ferme. Comme j’ai dit à Daniel : dis-leur que tu vas changer de fournisseur s’ils reconnaissent pas la fraude. Ça fait souvent débloquer les choses.
  5. Demande à faire bloquer les numéros surtaxés sur ta ligne, pour pas que ça recommence.
  6. Signale au Centre antifraude du Canada : 1-888-495-8501. Même si t’as rien perdu au final. Ça aide à monter les dossiers.
  7. Si c’est un texto plutôt qu’un appel, transfère-le au 7726 (gratuit) pour le signaler.

💬 Le mot de la fin

Ce qui me frappe avec cette histoire-là, c’est pas la technologie. C’est la politesse de Daniel qui a été retournée contre lui. Il voulait pas raccrocher au nez du monde. Il voulait pas déranger. Pis c’est exactement ça que l’arnaque exploitait.

Pis tu sais quoi? Je pensais cette arnaque-là disparue. Les lignes de voyance à 6,99 $ la minute, c’est tellement 2010. Sauf qu’elle a pas disparu pantoute. Elle a juste changé de costume.

Aujourd’hui, ça s’appelle le Wangiri — un mot japonais qui veut dire « un coup pis on raccroche ». Le principe est identique à ce qui est arrivé à Daniel : un appel manqué, tu rappelles par curiosité, pis tu tombes sur un numéro surtaxé. La différence, c’est qu’aujourd’hui c’est automatisé pis international. Plus besoin d’un gars qui te fait poireauter pendant deux jours. Un robot compose des milliers de numéros, pis attend juste que tu rappelles.

Le déguisement a changé. Le piège, lui, est exactement le même.

Si tu reconnais pas le numéro, tu rappelles pas. Point.


📚 Ressources arnaque téléphonique / SMS

  • Centre antifraude du Canada : 1-888-495-8501
  • Signalement SMS frauduleux (Canada) : Transférer le SMS au 7726 (gratuit)
  • Liste nationale d’exclusion : lnnte-dncl.gc.ca
  • CRTC : crtc.gc.ca
  • En France : 33700.fr

Les histoires partagées dans cette série sont inspirées de cas réels que j’ai rencontrés durant mes 27 ans dans le domaine de l’informatique. Les noms et certains détails ont été modifiés pour protéger l’identité des personnes concernées.

Écrit par Éric, technicien informatique depuis 27 ans, fondateur de Bcisolutions et créateur de protecteurnumerique.com.

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